Slim 1er, du talent délaissé comme bien d’autres?

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Révélé pour la première fois au grand public à travers la célèbre émission télé « JE SLAME POUR LA PATRIE en décembre 2013 » où il sortira grand vainqueur, Slim 1er est cet artiste d’un nouveau genre oratoire qui a su émerveiller les jurys, le public burkinabé et même les téléspectateurs internationaux par son style, sa prestance et sa maîtrise de la langue française. C’est à la suite de cette compétition qu’il commencera ces premiers pas dans l’industrie musicale au Burkina. Dès lors, il enchaînera des titres et des scènes de spectacle pour le plaisir de ses fans. Il nous a accordé un entretien sur sa carrière dont nous vous proposons le contenu.

Comment est née cette flamme en toi pour le SLAM ?

La naissance du Slam pour moi remonte à mes années lycée au Gabon (Libreville) pendant lesquelles j’étais inscrit au centre culturel français de Libreville. Un soir, lors de mes lectures hebdomadaires, je fus invité à assister à une soirée slam. Etant abonné du centre, c’était une des faveurs auxquelles j’avais droit. Et là, en assistant au spectacle, moi qui déjà adorais l’écriture, je fus ravi par la dextérité du langage et la beauté de la langue française grâce à l’utilisation que les slameurs en faisaient. Donc j’épouse le slam en classe de seconde jusqu’à aujourd’hui.

Qu’est-ce que le concours que tu as remporté en 2013 t’a apporté de plus dans ce que tu fais ?

La complétion ‘’Je slame pour la patrie’’ m’a surtout apporté une reconnaissance et a permis à tout le peuple burkinabè de m’adopter et de me garder dans leurs cœurs. Car c’est à la finale de cette compétition que la plupart ont eu vent de mon existence. La compétition a permis la naissance de Slim 1er à l’échelle internationale.

Comment trouves tu l’ancrage du Slam au Burkina Faso ?

Aujourd’hui on peut dire que le slam va de l’avant car toute la jeunesse s’y met, voyant en cet art un moyen de sensibiliser, de dire haut ce qu’on a depuis longtemps gardé enfoui en soi. Et de l’autre côté les dirigeants et les pères et mères adorent car il voit en cet art, à la différence du rap et autres qu’on dénigre souvent bien que porteur de sens et de message. Le slam est perçu par les adultes comme un art intellectuel qui permet de véhiculer des messages très intéressants vis a vis des populations et même des dirigeants. Aujourd’hui, il n’existe pas une conférence au pays des hommes intègres sans une pause musicale slam.

Des slameurs au Burkina, il y en a de plus en plus nombreux, comment tu trouves le niveau d’ensemble ?

Oui comme je l’ai déjà dit dans mon propos, le slam est à la mode aujourd’hui. Tout le monde s’y met mais le véritable problème à mes yeux, c’est de voir tous ces novices s’adonner à cet art si beau, si pur, si libre sans avoir l’ABCD. Car, comme tout art, il y a un fondamental, une base à savoir. Ce qui fait que beaucoup s’y lancent et au final y ressortent sans lauriers. Pourtant ils adorent l’art mais n’ont pas la jugeote d’approcher des slameurs aguerris dans le but d’avoir une formation de base. Et là, ça crée juste des slameurs du vent, des slameurs qui slament dans le vide.

Tu es dans l’auto production alors que ton talent a été reconnu à travers ce concours en 2013, c’est assez incroyable quand même non

Je ne sais pas quoi te dire. C’est ainsi chez nous aux Pays des Hommes  Intègres. Beaucoup applaudissent, disent merci mais quand il s’agit de soutenir, tu ne vois plus personne. A bout de courir de gauche à droite, voir les uns et les autres pour m’aider à sortir l’album ou à m’épauler dans ma carrière sans succès, j’ai dû me décider à prendre le taureau par les cornes et d’avancer par moi-même.

Comment tu fais pour arriver à être présent sur la scène musicale ? Les productions ça demande des moyens financiers surtout

Vouloir, c’est pouvoir. Voici mon nindo. J’aime tellement ce que je fais et pour moi la musique est une arme qui me permet de défendre les plus faibles, les souffrants que je ne peux abandonner même si je reste le seul à le faire. Même si je n’ai aucun soutien. Il existe autour de moi une poignée de personnes qui ont toujours été là et c’est grâce à leur soutien moral que je reste debout et j’essaie tant bien que mal de ne pas finir noyé dans cette mer où “merde musicale”. Comme dit le dicton, on n’est mieux servi que par soi-même.

Tes modèles au plan national et international sont qui?

Pour ma part, j’ai un amour fou du rap, surtout celui des rappeurs français. Le plus grand de mes exemples se nomme Kery James, après viennent beaucoup d’autres comme Youssoupha Sinik Diam’s, Tiken Jah et plein d’autres. Au niveau du slam, j’aime bien Abdel Malick, GCM.

Parle-nous de ton album sorti le 15 février!

Il s’intitule “Alarme d’Afrique”. Il interpelle comme son nom l’indique, tout Africain à se réveiller car le monde va mal, l’Afrique va très mal. L’alarme a sonné, donc les Africains doivent se lever, se battre. L’album comporte 16 titres tous évocateurs et il y a déjà 3 clips. Parmi les titres, on a “Amazone” qui combat les détracteurs de la femme, “Ma patrie” qui appelle à l’unité afin d’être plus fort et gardez le flambeau de notre Afrique toujours allumé, “Enfants du monde” qui est un titre en partenariat avec l’ONG Action Contre la Faim.

Ce dernier sensibilise sur la malnutrition. Le fait que 75℅ de nos enfants âgés de moins de 5ans meurent chaque année, ce qui est estimé à environ 8 millions d’enfants. Et l’Afrique détient les 3/4 de ces morts. Ça me révolte, ça m’indigne car je sais qu’en Afrique, nous avons toutes les richesses qu’il faut. Mais est-ce qu’on a les dirigeants qu’il faut? Il y a ‘’Voile’’ qui parle du terrorisme, et plein d’autres. L’album est un voyage dans l’Afrique d’en bas, la vraie Afrique, pas celle de nos chaines de télé et de radio. Mais l’Afrique tétraplégique, sourde et muette qui encaisse tout sans dire mot.

Parmi les difficultés que connaissent nos artistes, il y a la promotion de leurs œuvres, pour cet album, c’est quoi toi ta stratégie pour que les mélomanes se l’approprient ?

Bon! Mon but, c’est déjà réussir à partager grâce à mes connexions, mes œuvres dans tous le pays pour être diffusées via les radios et aussi faire un maximum de clips et de faire passer à la télé. Pour finir, si Dieu le veut faire une caravane Alarme d’Afrique tour qui sillonnera tout le pays pour aller à la rencontre de tous les mélomanes.

Si tu as un coup de gueule ou un coup de cœur, ce serait quoi ?

Y’en a marre de voir ces fils d’esclaves qui ont brisé leurs chaines, aujourd’hui à nouveau à genoux, à mendier pour vivre. Où est le devoir de mémoire de ma génération? Où est l’intégrité de  ma Nation?

Ton dernier mot pour terminer ?

Remercier encore ma famille. Et les médias et les acteurs de l’artiste que je suis. Ali GAYERE AKA Slim 1er est né grâce à vous et ira loin avec vous.

Comme à la fin de chaque entretien avec les artistes, nous avons soumis cinq questions à Slim 1er, dont voici les réponses.

Question 1: Qu’est-ce que tu aimes le plus ?

Réponse 1 : L’Afrique, la famille et le respect

Question 2 : Qu’est-ce que tu détestes le plus ?

Réponse 2 : les oppresseurs  de l’Afrique, les personnes sans honneur

Question 3 : Qui est ton artiste burkinabè préféré (e) ?

Réponse 3 : Duden’J

Question 4 : Avec quel (le) artiste burkinabè ou étranger (ère) aimerais-tu faire une collaboration ?

Réponse 4 : Kery James

Question 5 : Qui est le meilleur artiste burkinabè actuellement selon toi ?

Réponse 5 : Ce n’est pas etre imbu de ma personne mais je pense que c’est moi

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