« Je me considère comme le meilleur rappeur burkinabé», Negus Traoré

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Bertrand Traoré fait partie de ceux qui ont tout pour briller dans la musique, ceux qui vous donnent l’impression d’être nés avec un micro et des flows dans la bouche, tant leur talent charme plus d’un.  Il n’y a qu’à se baigner dans l’univers de ses productions pour s’en convaincre. Cependant si celui qui s’est donné pour nom de scène Négus Traoré déborde de créativités et a déjà cumulé quelques scènes chez le voisin de l’oncle Sam (Canada), il reste cependant méconnu de bons nombre de ses compatriotes. Conscient que la patrie demeure le repère et la source d’inspiration de tout individu, il a entrepris une démarche qui consiste pour lui de se faire une place dans le cœur des mélomanes burkinabé. Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, c’est sans langue de bois qu’il évoque divers sujets.

Qui est Bertrand Traoré?

« Bertrand Traoré est un jeune burkinabé qui vit au Canada. Je suis allé pour des études en marketing et management il y a de cela six ans. Déjà au pays, j’avais cette passion pour la musique, je faisais quelques freestyles avec d’autres jeunes. J’avais aussi des p’tites collaborations avec certains artistes ».

Tes titres jusque-là sont en anglais, pourquoi?

« Au fait c’est surtout dans le but d’amener ma musique à une échelle mondiale parce que l’anglais est une langue parlée un peu partout, en Europe, en Amérique latine, en Asie, au Canada etc. Donc c’est vraiment dans l’optique de fixer une vision mondiale ».

Il est vrai qu’il faut viser loin mais n’as-tu pas peur qu’à force de chanter tout en anglais les Burkinabé ne s’y retrouvent pas au final?

« Ce n’est pas la première fois que l’on me fait la même remarque, mais je crois quand même que les gens sous-estiment la capacité des Burkinabé à écouter de la musique américaine ou anglaise. Quand on part dans les maquis on écoute du coupé décalé mais aussi de la musique nigériane, et c’est de l’anglais. Peut être au début ça va être assez choquant, mais en même temps je me dis que les Burkinabé apprécient les bonnes choses, quelle que soit la langue dans laquelle elles sont faites. D’ailleurs dans la mixtape qui sort à la fin du mois prochain il y a quelques titres en français ».

Combien de titres à ton actif à ce jour? Et de quoi parles-tu?

« A ce jour j’ai neuf titres, majoritairement des freetyles et seulement deux singles. Quant à ce dont il est question dans mes chansons, dans « Naaba »  par exemple je parle de leadership, du fait qu’il faut se prendre en charge. Je parle aussi du fait que je me considère comme le meilleur rappeur burkinabé. Dans « Negus », c’est une sorte d’autobiographie que j’ai voulu faire».

Tu te considères comme étant le meilleur rappeur burkinabé, n’est-ce pas de l’arrogance à la limite?

« En fait dans le hip-hop il faut être un peu arrogant. C’est aussi une façon de croire en soi parce que si tu ne penses pas que tu es meilleur que les autres, ton objectif d’atteindre le sommet mondial devient difficile à réaliser ».

Comment sont tes relations avec les artistes qui sont au pays?

« Je devais avoir un feat avec Will B Black il y a de cela quelques mois mais il n’était pas sur place, donc ça n’a pas eu lieu. Il y a Dany-D aussi qui est aux Etats-Unis, un jeune rappeur burkinabé qui commence à se faire du nom, on a une collaboration qui devrait sortir le mois prochain. Il y a Smarty qui était aux Etats-Unis, nous devrions nous voir mais finalement il n’a pas pu venir au Canada. Sinon je garde de bonnes relations avec les artistes burkinabé».

Au Burkina parfois quand tu dis que tu fais du rap, automatiquement tu es à tort ou à raison classé dans la catégorie des voyous par certains, que réponds-tu à cette manière de voir les choses?

« Je crois que c’est dû à un manque d’information sinon aujourd’hui le meilleur rappeur au monde c’est Kendrick Lamar qui a pris six Grammy Awards (trophée de meilleur artiste musicien aux Etats-Unis), il a le rap le plus conscient aux Etats-Unis. Le rap est un canal, on peut décider d’en faire un instrument de perversion ou un instrument pour éclairer la jeunesse. Donc le hip-hop n’est pas une musique de voyous».

Les artistes musiciens sont souvent adulés surtout par la gent féminine, Comment fais-tu face à cela?

« Je crois que ça dépend aussi du type de musique. Les artistes qui font par exemple de la musique pour femme, ou pour faire la fête, le RNB, ces gens sont souvent très adulés par les femmes. Mais je crois quil faut prendre une certaine distance par rapport à tout cela et se concentrer sur certaines choses. D’ailleurs mon cœur est déjà pris. Je viens d’avoir une p’tite fille, elle a  trois mois. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles il va falloir que j’arrive au pays bientôt».

Quand comptes-tu revenir  au Burkina?

« Je devrais revenir en janvier de l’année prochaine pour la promo de la mixtape et faire les clips. Déjà je dois envoyer des vidéos dans deux mois pour la télévision nationale et d’autres médias. Je ne serai pas inconnu du public burkinabé, enfin je l’espère grâce à des gens comme vous aussi».

Comment se porte  la musique burkinabé au Canada?

« Elle n’est pas vraiment connue, c’est vrai il y a eu des artistes venus participer à des événements africains mais on n’est pas écouté réellement. C’est pour ça je pense qu’il est important aussi de chanter en anglais car ça permet de raconter les réalités africaines au monde entier sans avoir de barrières linguistiques».

De 0 à 10, combien donnerais-tu à la musique burkinabé comme note?

« A la musique burkinabé de façon générale, je donnerai 6 sur 10. Les artistes manquent tellement de moyens au Burkina, ce qui fait que la musique ne se développe pas assez. Quant au rap, je donnerai 4 sur 10 parce que le mouvement hip-hop est quasi nul, il est donc primordial que je me fasse connaître parce que je pense pouvoir donner du renouveau à la musique de notre pays».

Quels sont selon toi les véritables maux de l’industrie musicale burkinabé?

« Il y a le manque d’intérêt des mélomanes, un manque de sélection, parce que aujourd’hui n’importe qui fait de la musique au Burkina, on a par conséquent des « dégammeurs » en masse, il faudrait que ça soit mieux filtré, il faudrait aussi plus de moyens, plus de subventions. Quand on regarde autour de nous, au Mali, Sénégal, les mélomanes sont beaucoup plus intéressés à la musique de leur pays, ils s’investissent davantage dans les artistes locaux. Les mélomanes au Burkina par contre sont un peu fatigués, ils ont eu tellement de mauvais artistes et cela a créé un manque d’intérêt général. On se rappelle l’époque de l’ascension du groupe Yeleen qui a rempli des stades, donc je me dis que quand on fait de la bonne musique les mélomanes aussi savent apprécier. Il y a vraiment beaucoup de problèmes».

Est-ce que Negus Traoré vit uniquement de la musique?

« Non, je ne vis pas uniquement de la musique. Il faut d’abord que ma musique sorte, que je la commercialise, que je fasse beaucoup plus de spectacles. Le but de ma promo en ce moment c’est de lancer ma carrière musicale afin de vivre uniquement de cet art. Donc j’y suis à 200% ».

Quels ont tes projets pour  2018?

« Actuellement je suis à fond dans ma mixtape dont la sortie est prévue à la fin du mois prochain. Ça me prend d’énormes d’heures de studio parce qu’il y a les vidéos à faire aussi, c’est vraiment beaucoup de travail.  Il  y aura également le lancement de mon album intitulé « freedom » à partir de juin, cette année sera vraiment du balaise».

Un mot à l’endroit des Burkinabé?

« Je les invite tout simplement à écouter ma musique, qu’ils téléchargent, car c’est ensemble que nous ferons la promotion de notre musique.»

 

 

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