Du footballeur professionnel au chanteur exceptionnel

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Si le nom de son papa Idrissa Ouédraogo restera à jamais gravé dans la mémoire du monde du cinéma burkinabé et africain, lui,Kenzow, essaie de forger le sien à travers la musique. Dans cet entretien exclusif, c’est à cœur ouvert qu’il nous parle de sa passion pour la musique mais aussi de ce père qui a tant donné au monde du cinéma.

Qui est ce nouvel artiste qui fait parler de lui depuis un bon bout de temps?

Kenzow : Mon nom c’est Kenzow. je suis interprète, compositeur, auteur, je fais la musique tout court.

Quel est ton genre musical?

K : Bon, je n’aime pas trop me donner un genre, c’est le style de la bonne musique seulement. A la base je faisais du hip hop, j’ai même fait un premier clip qui s’appelle ‘’Toujours je boss’’, après au fil du temps j’ai commencé à faire de la guitare au quartier là-bas (Burkina). Plus tu joues la guitare et plus tu as encore de mélodies dans la tête, j’ai donc commencé à chanter un peu. Ce qui fait que maintenant je suis plus dans ce style plutôt que le rap parce que je trouve que ça touche beaucoup plus de gens. Le rap restait à un public jeune, j’ai donc décidé de faire plus de mélodies dans ma musique.

Actuellement tu es au Canada, qu’est-ce qui t’a amené là-bas ?

K : Je suis allé en tant qu’étudiant athlète parce qu’en fait je jouais au football à la base. J’ai eu une bourse pourjouer au Canada, plus précisément à l’université de Montréal et en même temps étudier les médias.

Et comment les choses se passent à ce niveau présentement?

K : Actuellement ce n’est pas que j’ai arrêté, je ne peux pas tout expliquer mais j’ai mis ça en pause pour faire la musique à temps plein.

Tu signes ton single ‘’Makemba’’ avec une collaboration assez atypique, diront certains, avec le comédien ivoirien Michel Gohou, qu’est-ce qui peut expliquer un tel choix ?

K : Le gars est drôle en fait, je cherchais quelqu’un de ce type pour parler au début de mon clip. J’aime les choses originales et vu que Gohou nous a tous bercés, j’ai cherché dans mon entourage, notamment avec le papa, puisqu’il fait du cinéma. Je me disais qu’il le connaissait, effectivement il m’a donné son contact pour que je lui écrive. Chose que j’ai faite et il a été vraiment sympathique, je lui ai envoyé la chanson et il a dit qu’il n’y avait pas de problème. C’est quelqu’un qu’on connait dans toute l’Afrique, donc je me suis dit qu’il serait pas mal de l’avoir dans la vidéo pour la promotion surtout.

Comment se porte ce single depuis sa sortie? Tant au Canada qu’au Burkina

K : Pour l’instant ça va, les gens sont agréablement étonnés. Mais j’espérais plus quand même parce que j’ai mis beaucoup de cœur dedans quoi. Je l’ai sorti il y a une dizaine de jours, j’ai de bons chiffres mais plus au Canada. Comme ça fait trois ans que je ne suis pas allé au Burkina, la promotion n’est pas simple, ce n’est pas que j’ai délaissé le Burkina. J’essaie de contacter des gens pour ça. Beaucoup demandent de grosses sommes, donc je fais ce que je peux. Par contre au Canada, je connais beaucoup de gens qui me soutiennent parce que je chante de temps en temps dans la rue.

Que signifie ‘’Makemba’’ ?

K : ‘’Makemba’’ ça veut dire alloco en Lingala. J’ai choisi ce mot parce que j’ai dans mon entourage de nombreux Congolais, à force de les côtoyer c’est rentrer dans mon vocabulaire. Et pour les gens qui me connaissent, ils savent que je suis vraiment fanatique de plats d’alloco. Depuis longtemps je me disais qu’il fallait que j’en fasse une chanson. Et le mot makemba plutôt que alloco sonnait mieux à mes oreilles.

La musique demande un minimum de moyens (financiers surtout), comment Kenzow arrive à s’en sortir de ce côté ?

K : Pour  dire la vérité, et ça va étonner plus d’un, c’est en chantant dans la rue que j’arrive à financer ce que je fais en grande partie. Lorsque je veux quelque chose en terme de musique, j’arrive dans un  métro et je chante, je donne aussi des leçons de guitare.

Parlons à présent de tes relations avec les autres artistes burkinabé, qui sont ceux avec qui tu es beaucoup plus en contact ?

K : Au Burkina je connais plein d’artistes, notamment y en a qui sont venus au Canada pour des festivals et nous étions en contact. Il y a Greg avec qui j’ai beaucoup parlé, nous sommes restés en contact. J’ai rencontré Imilo Lechanceux aussi même si on ne se fréquente pas vraiment, il y a aussi Basta Genga. J’en connais beaucoup, c’est la famille, nous sommes dans un monde d’artistes, et depuis que je suis petit je suis dans ça. Je ne peux pas finir de citer.

Quels artistes selon toi sont à même de représenter  valablement le Burkina sur les grandes scènes internationales ?

K : Il y a un reggae man que j’aime bien, Jah Verity, je trouve que c’est de la musique internationale. Peu importe que tu sois Malien, Burkinabé ou Ivoirien, c’est bon à écouter. Je pense que quelqu’un qui a un potentiel pour le faire c’est peut être Greg, il y a aussi y aussi le rappeur Art Melody. A part ça il y a beaucoup de travail à faire, je n’en vois pas énormément. Bien sûr il y a moi aussi (rires).

Nos artistes peinent à trouver de grandes collaborations avec d’artistes étrangers de renom international, qu’est-ce qui ne va pas à ton avis ?

K : Je pense qu’on aime la musique mais pas comme dans les autres pays. Quand on prend le cas du Mali il y a la culture du griot ou bien si tu vas dans des villes comme Bobo-Dioulasso tu vas voir qu’il y a plus de talents qu’à Ouaga, ils sont dans le manding. Peut-être c’est quelque chose de culturel ou un certain manque d’originalité par rapport à nous aussi. Si on fait de la bonne musique seulement les gens vont respecter. Le copiage, ça ne marche pas quoi. En plus dans les autres pays, les artistes sont soutenus. Il est évident que l’artiste est à la base mais le public aussi.

Smarty vient de signer avec deux labels français à savoir Jo and Co et Remark records, qu’est-ce que cela t’inspire ?

K : Félicitations à lui parce que depuis petit on écoutait Yeleen, le talent est là. Ce sont des gens même qui devraient être beaucoup plus loin aujourd’hui s’ils avaient eu le soutien nécessaire. Il le mérite, bravo à lui.

En tant que jeune artiste, que comptes-tu apporter à la musique burkinabé ?

K : Je ne veux pas faire la musique burkinabé mais la musique du monde. C’est sûr que je représente le Burkina mais je suis d’abord un artiste avant d’être un artiste burkinabé. Donc peu importe que tu sois du Burkina, moi je veux faire de la musique qui touche les gens, qui touche l’être humain. Après maintenant je ne sais pas si ça va plaire aux burkinabé mais j’espère qu’ils aimeront.

Que représente la musique pour toi ?

K : La musique c’est mon seul ami ici, je ne sais pas comment l’expliquer, c’est un style de vie pour moi en fait. J’y pense tout le temps, je vis toujours avec la guitare. La musique c’est ma deuxième famille.

Dans cinq ans, à quel niveau te vois-tu en tant qu’artiste musicien ?

K : Cinq ans c’est trop loin, même si tu me dis dans trois mois, je serai à mon meilleur niveau possible. J’essaie toujours de faire le mieux que je peux. J’espère en tout cas être reconnu sur le plan international, même si pour le Burkina il reste encore du travail. Heureusement qu’il y a des médias comme vous qui font attention à moi.

La promotion reste l’un des grands défis que nos artistes doivent relever, quelle est toi ta stratégie pour une meilleure visibilité de ce que tu fais?

K : J’essaie de contacter les gens, les médias, je travaille beaucoup sur internet aussi pour que mes œuvres portent le plus loin possible. Maintenant ce que j’aimerais savoir c’est si le critère de sélection repose sur la qualité ou sur tout autre chose. Moi je suis  à distance et c’est parfois difficile. Je suis conscient que ce que je fais c’est de la meilleure qualité. Je donne toujours le maximum de moi-même.

Le 18 février dernier le Burkina, voire l’Afrique perdait l’un de ses valeureux fils, Idrissa Ouédraogo, ton père, comment la nouvelle t’es parvenue ?

K : La famille m’a appelé pour m’informer. Quand tu pars à l’aventure comme ça tu ne penses pas ne pas revoir tes parents. Ça fait mal parce que tu te dis être là pour les rendre fiers par ton travail. Justement avec le clip Makemba je voulais lui faire la surprise parce qu’il aime beaucoup la musique. Dieu en a décidé autrement, j’ai eu un sentiment d’inachevé. De toutes les façons je sais qu’il voit tout de là où il est. Penser au papa me fait plus rire que pleurer, tellement il a inspiré la joie de vivre.

Qu’est-ce que ça fait quand même d’être le fils d’un homme pour qui le tapis rouge était déroulé partout il allait ?

K : On dit qu’on n’est pas prophète chez soi. Chez nous à la maison on ne se rend pas compte. Pour nous c’est quelqu’un comme tous les autres. Mais on a un sentiment de fierté, on se dit qu’on doit faire autant, et pourquoi pas plus. C’est en même temps une motivation et un modèle pour nous.

Quel rôle a-t-il joué dans ton choix de faire la musique ?

La musique est venue un peu tard chez moi, ceux qui me connaissent savent que ça toujours été le football. J’ai joué à la fac (université), à Kozaf, lui il m’a toujours encouragé pour la musique. Il est artiste, il comprend donc. C’est pas quelqu’un qui va te dire fait ceci ou cela. Du moment que tu fais bien ce que tu aimes, il est à fond avec toi.

Tout de même est-ce qu’il n’a pas à un moment donné souhaité que son fils emboite ses pas ?

K : C’est vraiment quelqu’un qu’on appelle un esprit libre, pour lui c’est la liberté. Si je voulais faire le cinéma il allait m’encourager.

Entre le cinéma et la musique, le pas est minime, est-ce qu’on pourrait voir Kenzow dans ce régistre un jour?

K : Oui bien sûr. Je fais un peu de comédie aussi, j’ai joué dans des pièces de théâtre ici, donc pourquoi pas. Depuis l’enfance je vois des artistes à la maison, c’est sûr qu’inconsciemment je  peux être influencé.

En dehors de la musique et du foot que tu affectionnes tant, quelles sont tes autres passions ?

K : La vraie raison pour laquelle j’ai arrêté le football c’est parce que je me suis fait opéré deux fois, je me suis fait les ligaments croisés. Mais la musique a véritablement remplacé cette passion. On va dire aussi le makemba (alloco), c’est comme une marque pour moi, le ‘’makemba gang’’ (rires).

Quelles sont tes équipes de foot préférées ?

K : Au Burkina on va dire Kozaf parce que j’ai joué là-bas, et après EFO. En Europe c’est le PSG et Manchester United. J’aime le Réal de Madrid mais comme ils ont éliminé le PSG j’ai un goût amer.

Quels sont tes projets à court terme ?

K : Pour l’instant je prends part au Silyd’or qui est un festival international. Je prépare également mon prochain single qui est déjà bouclé et clipé. Il sortira dans environ trois mois.

Quelque chose d’autre à ajouter pour finir ?

K : J’invite tous ceux qui aiment la bonne musique de suivre le personnage Kenzow pour voir ses nouveautés. En tout cas moi je suis là pour eux.

 

 

 

 

 

 

 

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