A la découverte du beatmaker burkinabè Abdelsatar Ouédraogo

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Abdelsatar Ouédraogo est un jeune burkinabè vivant en France qui a fait de la production de sons, sa véritable passion. Comme pseudo de beatmaker, il se fait appeler Purplehazebeatz, en référence, dit-il, à cette drogue qui pousse à la créativité. Depuis deux ans, il fait son bonhomme de chemin dans la sphère musicale à sa manière.

Abdelsatar fait partie de ceux qui ont piqué le virus du cinquième art dès leur tendre enfance. Né et grandi dans un milieu avec des proches très amoureux de musique, la contagion se fera à force d’écouter les différents genres musicaux du moment aux côtés de ces derniers. Cette passion qui se développait peu à peu va être renforcée par sa participation à certains évènements culturels tels que Fitini Show, en playback.

Après le baccalauréat, il rejoint son papa en France pour ses études supérieures. Il en profite pour bosser sur la production de sons mais en autodidacte. Conscient qu’il était encore loin d’avoir le bagage nécessaire pour son immersion dans ce milieu, il va intégrer un studio professionnel où il sera formé en tant qu’ingénieur du son. Cette nouvelle compétence acquise lui ouvrira plutard des portes dans la création de beats et lui permettra aussi de renforcer son oreille musicale.

Ce métier pas toujours compris

Opter de faire carrière dans le domaine de la musique n’est pas toujours bien accueilli par les parents et certains proches. A l’instar de beaucoup de jeunes qui ont voulu faire de cet art leur métier, Abdelsatar a dû faire face aux réticences des parents. « Au début c’était dur qu’il accepte, prise de tête un peu tout le temps mais par la suite ils ont fini par accepter. La musique n’étant pas un métier très stable, je comprenais souvent leur position. C’est la raison pour laquelle cette formation d’ingénieur son a été la bienvenue. C’est un peu une sécurité pour moi parce que même en Chine on aura toujours besoin d’un ingénieur son », confie-t-il.

« La musique est tout pour moi »

Si la musique est juste un passe-temps pour certains, elle est pour d’autres tout ce qu’il y a de plus beau, de plus exaltant. Pour Abdelsatar, elle est tout simplement une passion qui ne saurait céder la place à tout autre chose. « La musique est tout pour moi, elle a été présente à plusieurs moments de ma vie. Quand je suis triste, je retrouve le réconfort. Quand j’ai des équations que je n’arrive pas à résoudre, à l’écoute de certains titres, je trouve la solution.»

Son amour pour cet art l’a donc poussé à lui consacrer entièrement son temps. Mais comme dans toute chose, les hauts et les bas ne manquent pas. Le nombre de jeunes qui s’invitent dans cette arène est tel qu’il faut se surpasser dans ses créations, au risque de sombrer ou de ne jamais se faire une place au soleil. « Il faut toujours innover et écouter pas mal de musiques. Par exemple moi j’écoute du jazz, de la bossa nova, du classique. Je suis ouvert à tout. Il ne faut jamais baisser les bras, toujours se battre pour montrer au monde ce que tu vaux. Ça fait que dans ma tête, je suis toujours en compétition avec moi-même. »

Son regard sur le showbiz burkinabè

Il est connu de tous que le showbiz burkinabè souffre de beaucoup de maux, et non des moindres. Malgré des efforts fournis pour lui donner un visage moins terne, il reste encore à la traine lorsqu’on le compare à celui de certains pays voisins. Un constat qui n’échappe pas à Abdelsatar, même étant à des milliers de kilomètres de sa patrie.

« Après toutes ces années, on a du mal à avoir un produit pur burkinabè. On est toujours dans la copie mais on copie très mal. Tout le monde se dit star, cela fait qu’on n’avance pas. La nouvelle génération de chanteurs qui est bourrée de talent n’a pas le soutien des aînés. Je me rappelle qu’avant la musique burkinabè avait un très bon niveau. Quand tu écoutes le titre Zenabo de Issouf Compaoré c’est un chef-d’œuvre. Mais aujourd’hui on a que Floby, Imilo, et quelques autres qui se démarquent des autres et même là on reste toujours sur le plan national. Notre musique n’arrive toujours pas à impacter l’Europe ou les autres continents.»

Face à de tels défis, Abdelsatar ne compte pas se contenter de ce qu’il a déjà appris. Il veut travailler à aller plus loin, et s’imposer comme l’un des meilleurs de sa génération. Pour cela, il envisage entre autres des collaborations avec des beatmakers déjà connus. Ce qui, selon lui, donnera une certaine visibilité à ses œuvres. Déjà, avec un ami, il a monté un site de mix en ligne (https://www.koffebeastmix.com) pour, dit-il, faciliter la tâche à ceux qui enregistrent chez eux et qui ont du mal à mixer leurs sons.  Des beats en vente aussi sont proposés sur le site. Et parallèlement, il y a le label « Hokuto » pour la production d’artistes.

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